G4  Pâte de cristal Lalique G4 Pâte de cristal Lalique
LE DERNIER COMBAT LE DERNIER COMBAT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pâte de cristal Lalique

   Le verre…Tant de bonheur… 

D’abord, il y a la matière.

A la fois fragile et puissante, sensuelle et redoutable. Verre ou cristal. Mais pas n’importe quel cristal. Celui que Florian Rosier achète chez Lalique. Du cristal de luxe, à 32 % de plomb. Des morceaux colorés ou transparents. De simples éclats qui vont passer de l’état de déchets à celui d’œuvres d’art. Mutés en sculpture, ils vont renaître à une nouvelle existence. Et puis, il y a la gestation.

Florian Rosier tient, semble-t-il, à la piloter complètement. La destinée de ses sculptures, il veut la maîtriser de bout en bout, peut-être comme sa propre vie.

Son esprit a conçu l’objet, ses mains vont le réaliser. Pas de place au hasard. Ou si peu. L’artiste a tous les paramètres en main. Il est au poste de contrôle : les croquis de base pour les proportions, le maître-modèle en cire qu’il travaille avec volupté, le coffrage en bois et « l’alimentation » en plâtre, le « décirage », la mise en place des éclats, la cuisson, puis, plus tard, le décochage et la finition. Autant d’étapes qui ne laissent que peu de place au libre arbitre de la matière. Formes, teintes, volumes…tout est calculé. Quantité de chiffres et de courbes président au sort de l’objet. Et l’enfantement a lieu. Florian Rosier va extraire la sculpture du four après la longue attente aveugle (entre 5 et 45 jours). Il aura tout de même osé ouvrir la porte de cette matrice au moment crucial de la fusion, vers 900° ! Juste pour s’assurer encore une fois que tout se déroule selon ses vœux. La sculpture est là. Emouvante concrétisation d’une image que l’artiste portait en lui. La partition s’est faite musique. Le concept est soudain devenu tangible. Du creux de la main, on peut en caresser les courbes. Du bout des doigts en suivre les angles et les arêtes. Les couleurs chantent à nos yeux. Et, à y regarder de près, il se passe mille choses au cœur de cette pâte de cristal. Quels mystérieux souffles de vie a-t-elle emprisonnés ? Telle une banquise ancestrale. Et voilà. L’artiste a triomphé de la matière.

Sans vraie violence. Plutôt avec amour. Florian Rosier est sans doute, dans la vie aussi, un battant non violent. Le sourire et les yeux bleus en étendard, il arrive à ses fins avec détermination, sans jamais de réel conflit. Et, c’est vrai, pourtant, que son œuvre conte souvent des histoires de combats. Ces sphères claires qui résistent tant bien que mal à la pression de cubes sombres. Qui tentent de soulever des masses géométriques oppressantes… On les croirait encore malléables.…Et ces noyaux écrasés par le poids de plaques empilées ou de coques étouffantes…Ces visages emprisonnés dans la pâte, englués dans la matière ou immobilisés par quelques carcans. Ces forces lumineuses et ondulantes qui combattent des formes obscures et rigides. Ce sont toutes nos luttes intimes. Nos ambiguïtés. Entre noir et blanc, bien et mal, masculin et féminin, instinct et éducation…Ce sont toutes nos phases de vie, entre échecs et réussites. Tous nos élans abattus, puis relevés. Mais le sculpteur est un sorcier : les éléments contradictoires ont fini par atteindre l’harmonie. En s’accrochant à la lumière, en s’appuyant sur l’espace, en jouant avec les couleurs, les transparences et les densités…L’équilibre ! 

                                                           Marie-Jo Leblanc